Le feu vient de ravager une grande partie de la forêt des Trois Pignons, un joyau de beauté et de biodiversité, dont la préservation des paysages est au cœur de la mission de C3Pi.
Aujourd’hui, l’enquête judiciaire suit son cours et plusieurs personnes ont été mises en examen. Mais identifier des responsables n’empêchera pas qu’un nouvel incendie se produise un jour. Dans une forêt qui compte plus de 15 millions de visites par an, en dépit de toutes les précautions et interdictions, il y aura toujours des âmes dérangées ou des inconscients qui seront à l’origine d’un départ de feu.

D’ailleurs, ces départs de feu existent tous les ans dans le massif de Fontainebleau, mais sont pour la plupart rapidement maitrisés grâce à une détection précoce. Cette année pourtant, cela n’a malheureusement pas suffi et l’incendie s’est rapidement propagé en raison de circonstances particulièrement défavorables. Une canicule qui se prolonge depuis plusieurs semaines sans une goutte de pluie et des vents soutenus. Sans une action déterminante pour enrayer le réchauffement climatique, ces circonstances qui paraissent exceptionnelles aujourd’hui (des records de température ont été battus en masse au mois de juin) deviendront progressivement la norme.
Cet incendie marque probablement l’entrée de la forêt de Fontainebleau dans l’ère des feux extrêmes, jusqu’ici réservés aux régions méditerranéennes.
Ce n’est pas une surprise. Quelques mois avant l’incendie, un arrêté interministériel a classé plusieurs communes comprenant les massifs de Fontainebleau, des Trois Pignons et de la Commanderie en zone à risque d’incendie de forêt.

Cette vulnérabilité est renforcée par la forte proportion de pins sylvestres et, surtout, de pins maritimes. En période de sécheresse, ces peuplements constituent un combustible particulièrement favorable à la propagation des incendies : les aiguilles de pin forment au sol un tapis très inflammable, tandis que les résines et les houppiers facilitent la progression rapide des flammes. Dans ces conditions, la moindre imprudence ou le moindre acte malveillant peut suffire à déclencher une catastrophe.
Il y a près de quatorze ans, le secteur du Rocher Cailleau – J.A. Martin avait déjà été ravagé par un important incendie. Celui-ci était toutefois resté limité à une dizaine d’hectares. Aujourd’hui, le secteur s’est largement reconstitué. La régénération a d’abord été dominée par les bouleaux, espèce pionnière, avant que les pins, et notamment les pins maritimes, ne reprennent progressivement le dessus.
Il est à craindre que la régénération naturelle sur l’ensemble du massif des Trois Pignons conduise au même résultat, avec une proportion encore plus importante de pins maritimes, accentuant ainsi la vulnérabilité de la forêt face aux futurs incendies.
Il est bien sûr trop tôt pour définir un programme de restauration précis. En revanche, il est urgent d’engager dès maintenant une réflexion sur les moyens de rendre la forêt plus résiliente face aux incendies. Cette réflexion devra naturellement s’accompagner d’un renforcement de la prévention. Une surveillance accrue du massif pendant les périodes à risque, une détection toujours plus précoce des départs de feu et une sensibilisation renforcée du public aux comportements à adopter seront indispensables.
Mais la prévention ne suffira pas. Il faudra également adapter progressivement la forêt à cette nouvelle réalité climatique.
Cela passera probablement par des plantations plus importantes de feuillus et par une plus grande diversification des essences, afin de favoriser la biodiversité tout en limitant la propagation des incendies.
Le programme de restauration soutenu par la Fondation du Patrimoine, en partenariat avec l’ONF, va dans ce sens. C3Pi apporte tout son soutien à cette initiative et invite ses adhérents et sympathisants à contribuer à cet élan de solidarité.
https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/sauvons-la-foret-de-fontainebleau-/105641
