Contribution de C3Pi à la SNBC3


La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) est la feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique. Elle donne des orientations pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas-carbone, circulaire et durable. Elle définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et fixe des objectifs à court-moyen termes : les budgets carbone. En particulier, les orientations de la SNBC3 sur la forêt doivent être reprises dans toutes les décisions de politique forestière. À l’échelon national à travers le Programme National Forêt-Bois (PNFB), et aux échelles régionales, en particulier pour le prochain Programme Régional Forêt-Bois (PRFB). Les décisions prises dans le décrét de la SNBC3 sont donc de première importance. Actuellement, les règles en cours sont celles de la SNBC2, publiées en 2020, qui, sans doute sous la pression de la filière bois, proposait d’augmenter les coupes de 12 Mm3 annuels (par rapport aux 53 Mm3 actuels).

Malgré la détérioration actuelle du puits de carbone de la forêt (ce puits de carbone est essentiel, car compense 10 % des émissions de CO2 françaises), la SNBC3 préconise toujours une augmentation des coupes passant de 53 Mm3 (en 2021) à 60 Mm3 en 2030 et même 62 Mm3 en 2050. La conséquence immédiate est une dégradation du puits de carbone : de -37 Mt CO2e (équivalent CO2) en 2023, la SNBC3 prévoit une dégradation à -24 Mt CO2e en 2030 et -22 Mt CO2e en 2050. Tout ceci dans un scénario climatique plutôt optimiste.

C’est dans ce contexte que C3pi a élaboré ce jour (4 juillet 2026) une contribution à l’enquète publique sur le décret de la SNBC3, dont la consultation se termine le 5 juillet 2026. Cette contribution a été adoptée à l’unanimité des membres présents du Conseil de C3Pi.

La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) constitue la feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique. À ce titre, elle poursuit deux objectifs complémentaires : l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses conséquences.

L’atténuation consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à renforcer les puits de carbone afin d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément aux engagements de la France inscrits dans l’Accord de Paris et dans la loi.

Au nom du Collectif des Trois Pignons (www.c3pi.fr), qui œuvre pour la préservation de la forêt des Trois Pignons et, plus largement, pour la protection des forêts françaises, nous souhaitons apporter les éléments suivants à la consultation publique sur la SNBC 3, concernant le secteur forestier.

La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone. Cet objectif repose non seulement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais également sur le maintien d’un puits de carbone forestier performant, qui absorbe aujourd’hui environ 10 % des émissions nationales de CO₂, soit près de 37 Mt CO₂e en 2023.

Or la SNBC3 prévoit une augmentation de la récolte de bois, qui passerait de 53 Mm³ en 2021 à 60 Mm³ en 2030, puis 62 Mm³ en 2035. Cette orientation prolonge les objectifs fixés par le Programme national de la forêt et du bois (PNFB) de 2016 et repris dans la SNBC2 en 2020.

Pourtant, depuis les travaux de Roux et al. (2017), qui ont servi de référence lors de l’élaboration de la SNBC2, les connaissances ont considérablement évolué. Comme l’a souligné le Haut Conseil pour le Climat, le puits de carbone forestier s’est fortement dégradé. Cette évolution résulte de plusieurs facteurs : l’augmentation de la mortalité des arbres, la diminution de leur croissance sous l’effet du changement climatique, mais également l’accroissement des prélèvements.

Au lieu de rechercher le rétablissement de ce puits, la SNBC3 en entérine la diminution, avec une capacité d’absorption ramenée à 24 Mt CO₂e en 2030, puis 22 Mt CO₂e en 2050.

Cette évolution n’est pas sans conséquence. Si une partie du carbone prélevé demeure stockée dans les produits en bois, cette compensation reste limitée. En effet, seule une fraction du bois récolté est utilisée sous forme de produits à longue durée de vie, tandis qu’environ 68 % est destinée, directement ou indirectement, au bois-énergie, libérant à relativement court terme le carbone précédemment stocké dans les arbres.

Les forêts françaises sont, dans leur grande majorité, des forêts relativement jeunes. Dans ce contexte, la priorité devrait être de préserver et de renforcer le puits de carbone forestier en stabilisant, voire en réduisant les prélèvements lorsque l’état des peuplements le permet. Une telle orientation favoriserait simultanément l’accumulation de carbone dans les écosystèmes forestiers et la production de bois d’œuvre de qualité, dont le stockage du carbone est beaucoup plus durable que celui associé aux usages énergétiques.

Le bois est une ressource renouvelable précieuse mais limitée. Son utilisation doit respecter une hiérarchie conforme aux objectifs climatiques et à une gestion durable de la ressource.

La priorité devrait être donnée :

  • au bois d’œuvre, permettant un stockage durable du carbone dans les bâtiments et les ouvrages ;
  • puis aux bois d’industrie, notamment pour la fabrication de panneaux, d’isolants biosourcés et d’autres produits à longue durée de vie ;
  • enfin seulement à la valorisation énergétique des déchets de bois et des produits arrivés en fin de vie.

Cette hiérarchie maximise simultanément le stockage du carbone, la création de valeur économique, le développement de matériaux de substitution aux produits fortement émetteurs de gaz à effet de serre et la réduction des besoins énergétiques des bâtiments grâce aux isolants biosourcés.

Or la SNBC3 ne remet pas en cause la place prépondérante actuellement accordée au bois-énergie. Les politiques publiques conduites depuis plusieurs années ont largement soutenu cette filière, notamment à travers le Fonds Chaleur de l’ADEME, tandis que le plan de relance forestier a principalement financé des opérations de coupes rases suivies de replantations, génératrices d’importants volumes de bois-énergie.

Pourtant, la valorisation énergétique directe constitue l’usage le moins favorable du point de vue climatique lorsqu’elle concerne du bois susceptible d’être utilisé comme matériau. À quantité d’énergie produite équivalente, la combustion du bois émet environ deux fois plus de CO₂ que celle du gaz naturel. La neutralité carbone du bois ne peut être invoquée qu’à très long terme, lorsque la repousse des peuplements compense les émissions, ce qui est difficilement compatible avec l’urgence climatique et l’affaiblissement actuel du puits forestier.

Le bois-énergie constitue également un enjeu majeur de santé publique. En France, le chauffage domestique au bois est la principale source d’émissions de particules fines (PM₂.₅). Selon Santé publique France, l’exposition chronique à ces particules est responsable d’environ 40 000 décès prématurés chaque année, dont près de 6 000 en Île-de-France.

C3Pi propose donc de réorienter les aides publiques actuellement consacrées au bois-énergie vers le développement d’industries de transformation du bois, en particulier des feuillus, afin de favoriser la production de matériaux à longue durée de vie, créateurs de valeur ajoutée, d’emplois locaux et de stockage durable du carbone.

La meilleure politique climatique n’est pas de brûler davantage de bois, mais d’utiliser chaque mètre cube de bois récolté là où il stocke le plus longtemps le carbone et crée le plus de valeur économique, avant toute valorisation énergétique des bois en fin de vie.

La valeur de la forêt ne peut plus être appréciée au seul regard de la production de bois.

Les forêts assurent des fonctions essentielles :

  • stockage du carbone ;
  • protection des sols ;
  • préservation de la ressource en eau ;
  • maintien de la biodiversité ;
  • amélioration de la qualité de l’air ;
  • importance sociétale de la forêt, indispensable au bien-être des populations (promenades, ressourcement, sport)
  • régulation thermique indispensable face aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.

Ces services rendent des bénéfices collectifs dont la valeur économique dépasse largement celle des seuls produits forestiers. Cette reconnaissance est particulièrement importante pour les forêts périurbaines, qui constituent un élément majeur de l’adaptation au changement climatique.

En période de canicule, la température sous couvert forestier peut être inférieure de plusieurs degrés à celle des espaces ouverts grâce à l’ombrage et à l’évapotranspiration des arbres. À l’inverse, des ouvertures importantes du couvert forestier favorisent l’assèchement des sols, dégradent le microclimat forestier et diminuent cette fonction naturelle de climatisation.  

Dans les territoires fortement urbanisés, ces espaces forestiers deviennent de véritables infrastructures naturelles de santé publique, contribuant à limiter les effets des îlots de chaleur et à améliorer le cadre de vie des populations.

La SNBC3 devrait reconnaître explicitement cette contribution et intégrer la valeur des services écosystémiques dans les décisions de gestion forestière, en particulier pour les massifs urbains et périurbains à forte fréquentation.

La forêt française ne peut plus être considérée uniquement comme une source de biomasse. Elle constitue un patrimoine naturel stratégique pour la lutte contre le changement climatique, l’adaptation des territoires, la protection de la biodiversité et le bien-être des citoyens.

C3Pi demande que la SNBC3 affirme clairement quatre orientations :

  • ne pas augmenter les prélèvements forestiers, et même les diminuer pour reconstituer le puits de carbone forestier ;
  • respecter une hiérarchie des usages du bois privilégiant les usages à longue durée de vie avant la valorisation énergétique ;
  • réorienter les aides publiques du bois-énergie vers la transformation des feuillus et les filières à forte valeur ajoutée ;
  • reconnaître pleinement la valeur des services écosystémiques de la forêt, notamment le rôle essentiel des forêts urbaines et périurbaines dans l’adaptation aux canicules et au changement climatique.

Ces orientations contribueraient à renforcer la cohérence entre la politique forestière et les objectifs de neutralité carbone fixés par la France, tout en répondant aux attentes croissantes de la société en matière de préservation des forêts. Par ailleurs, le scénario C2 (moyen) d’effet du climat sur les forêts retenu par la SNBC3 risque de se révéler fort optimiste au vu des observations de ces dernières années. 

Note : nous avons noté deux erreurs dans le document de la SNBC3. 

Page 217, dans la légende de la figure 60, remplacer « affection » par « affectation ». 

Page 221, figure 64. Le rectangle représentant la hausse des prélèvements devrait être dénoté +3 et non -3.

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